Un défenseur de la vérité, de la justice et de la démocratie par Bruce Katz

Bruce Katz

Bruce Katz, Co-président de PAJU

 Version française du texte original anglais

https://pajumontreal.wordpress.com/2016/11/07/a-defender-of-truth-justice-and-democracy-by-bruce-katz/

Nous savons maintenant que le SPVM a espionné des journalistes qui ont été «indisciplinés», ayant mis le nez là, où le pouvoir  ne veut pas qu’ils s’en aillent. Bien sûr, c’est ce que les journalistes sont supposés faire dans leur rôle de Tiers État, mais s’y intéresse t-on vraiment? Le Washington Post a publié un article montrant que le gouvernement israélien du Likoud «utilisait Facebook pour suivre les activités et les écrits de certains journalistes qu’il perçoit comme anti-gouvernement …»

https://www.washingtonpost.com/news/worldviews/wp/ 2016/11/06 / israels-rule-party-used-facebook-à-track-anti-gouvernement-journalistes

Reconnaît-on le thème?  On devrait. Cela se passe dans le monde entier; le gouvernement Erdogan en Turquie en est un parfait exemple. Le tracking  des journalistes constitue une attaque contre le processus démocratique, comme c’est le cas pour le SPVM (et le SCRS) qui espionne des journalistes qui tentent de faire leur travail.

Je mentionne le cas d’Israël puisque le maire Denis Coderre et le maire de Toronto John Tory vont entreprendre une mission économique en Israël du 13 novembre au 18 novembre de cette année. Oui, Israël est un État d’apartheid tel qu’exprimé par de nombreuses personnalités publiques telles que Desmond Tutu et l’ancien président des États-Unis, Jimmy Carter, mais Denis Coderre dit qu’Israël est une démocratie et non un État d’apartheid et qu’il le soutient inconditionnellement. Il soutient également son chef de police, Philippe Pichet (inconditionnellement?)  qui a admis que le SPVM a espionné plusieurs journalistes, et cela malgré le fait que des appels de congédiement pour Pichet viennent d’un peu partout. (Si jamais il est viré, il peut y avoir une ouverture pour lui à Tel Aviv, qui sait?) Peut-être le maire Coderre peut-il trouver quelques indications sur le suivi des journalistes lorsqu’il rencontrera des responsables israéliens (Likoud) à Tel-Aviv, et qu’il pourra en faire noter à son chef de police dès son retour à Montréal?  Peut-être que cela peut se faire lors de la conférence de presse où M. Coderre sera présent à Tel Aviv et où aucun Palestinien ne sera autorisé à y assister!

Ce que nous témoignons est le résultat d’un processus lent, mais constant, par lequel des gouvernements autoritaires au Canada et ailleurs utilisent  le 11 septembre et la menace du terrorisme pour installer, sur une période de temps, un système omniprésent de surveillance des citoyens et citoyennes et des groupes qui s’opposent à l’économie néolibérale et à l’avidité des entreprises, au nom de la sécurité de l’État. Ce que nous devons comprendre: il ne s’agit pas ici du choc des opposés, mais plutôt une dialectique où une main lave l’autre, d’où l’idée exprimée dans le roman de Joseph Conrad, The Secret Agent: «Le policier et le terroriste viennent du même panier. »  Leur existence dépend l’une de l’autre et la peur qui sort de leur conflit est le pain-et-beurre de démagogues qui répandent la peur au nom de la démocratie.

Vous pouvez penser que j’ai erré un peu sur le sujet, mais en fait ce n’est pas le cas. M. Coderre raille son amour de la démocratie, son soutien inconditionnel à la liberté de la presse et à la liberté d’expression. Est-ce vraiment le cas? Frédéric Bérard nous rappelle que le nom de Denis Coderre a fait surface dans le cadre du scandale des commandites de la fin des années quatre-vingt-dix, grâce aux recherches menées par le journaliste du Globe and Mail, Daniel Leblanc.

Quelques années plus tard, Denis Coderre, alors ministre de l’Immigration et Wayne Easter, Procureur général du Canada, ont signé des certificats de sécurité qui ont entraîné l’emprisonnement, sans formalités ni preuve, d’Adil Charkaoui et de Mohammed Harkat. Le certificat de sécurité permet au gouvernement de supprimer l’habeas corpus, qui fait partie intégrante de la procédure régulière dans le système judiciaire, et d’emprisonner un individu pour une durée indéterminée sans procédure régulière. C’est en effet le retour à la lettre de cachetqui existait à l’époque de Louis XIV et qui permettait l’emprisonnement des individus de la même manière.

Pendant la période de l’élection fédérale de l’an dernier, la Ville de Montréal a arraché  des affiches – dûment identifiées comme affiches électorales conformément aux dispositions d’Élections Canada – de BDS-Québec (Tiers Parti non incorporé dûment reconnu par le directeur des élections) et le Parti communiste du Canada avec l’impunité sans équivoque. C’est maintenant devant les tribunaux.

Le suivi des journalistes par le SPVM au Québec est tout simplement un autre exemple de gouvernement autoritaire dépassant ses limites et enfreignant la pratique démocratique sans parler de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Charte des droits et libertés du Québec. M. Coderre, un défenseur de la pratique démocratique, un fervent défenseur des libertés civiles? À peine, je crois.

Frédérc Bérard le résume très bien dans le dernier paragraphe de son article dans Journal Metro: «Traqué, il (Coderre) sert Leblanc et d’autres journalistes, dont Vincent Marissal, l’avertissement suivant:« On a des moyens au gouvernement. Qu’est-ce que les journalistes diraient si la GRC mettait le nez dans leur vie privée ?» La question n’est plus théorique. Big Brother vous regarde!

Bruce Katz

le 7 novembre 2016

 

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