50 ANS D’OCCUPATION MILITAIRE DE LA PALESTINE PAR ISRAËL

 

Il y a 50 ans, le 5 juin 1967, Israël lançait une guerre éclair contre l’Égypte, la Syrie et la Jordanie. En prenant le contrôle de la Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï, du plateau de Golan et de Jérusalem, cette « guerre des 6 jours » marquera le début de l’occupation militaire de la Palestine. Aussi, dès le 22 novembre 1967, le Conseil de sécurité de l’ONU adopta, à l’unanimité, la résolution 242, qui exigeait le « retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit ».

La guerre des 6 jours aboutit à l’occupation de toute la Palestine par Israël qui n’a cessé de s’emparer de terres palestiniennes tout au long de ce demi-siècle, parfois à l’initiative même du gouvernement de Tel Aviv, ou sinon par des invasions de colons ultra-orthodoxes et nationalistes et ce, toujours à l’encontre du droit international. Aujourd’hui, 500 000 Israéliens occupent des terres palestiniennes volées à leurs propriétaires, avec la complicité de l’État d’Israël qui pratique la politique du fait accompli.  Il est à noter que 15 % de ces colons juifs viennent des États-Unis, premier allié d’Israël.

À partir de 2002, Israël a entrepris la construction d’un énorme mur de séparation de 700 kilomètres pour isoler d’avantage la population palestinienne, grugeant ainsi 8,5% du territoire. Ce mur, muni de points de passage ultrasophistiqués, prétend assurer la sécurité d’Israël. Elle constitue en réalité une véritable situation d’apartheid avec des conséquences humanitaires dramatiques pour la population. Celle-ci est confinée dans son territoire, soumise à des traitements humiliants et cruels, considérée comme indésirable. On empêche les gens de circuler, d’aller à l’hôpital, à l’école, au travail ; l’eau est confisquée par l’occupant et déviée au profit des colons illégaux ; l’approvisionnement en produits de première nécessité manque cruellement. Gaza est bombardée régulièrement.

Il est temps de secouer nos consciences devant cette situation d’apartheid et de nettoyage ethnique et de dénoncer ce crime contre l’humanité. La résistance du peuple palestinien est courageuse et ne flanche pas, mais la situation politique internationale est bloquée. C’est pourquoi il est urgent d’intensifier la solidarité internationale des peuples en appuyant la campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) lancée par la société civile de Palestine, mobilisation en constante croissance dans les pays d’Europe et d’Amérique. Lors de son assemblée générale annuelle le 9 juin dernier, l’Association québécoise des organisations de coopération internationale (AQOCI), regroupant 65 organismes, a voté à l’unanimité son appui à la campagne BDS. Ainsi, par un moyen pacifique tout à fait légitime et très efficace, nous pourrons faire entendre raison à Israël pour qu’il se conforme au droit international, mette fin à l’apartheid de la population palestinienne et se retire des territoires occupés depuis 50 ans.

Claude Lacaille

Trois-Rivières

 

 

Source: http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/opinions/201706/19/01-5109043-50-ans-doccupation-militaire-de-la-palestine-par-israel.php

PALESTINIENS ET JUIFS UNIS (PAJU) APPUIE LA MOTION DU BLOC QUÉBÉCOIS EN SOUTIEN À LA PALESTINE

Pour diffusion immédiate

(la version anglaise suit)

Montréal le 30 mai 2017 – PAJU appuie la motion du  Bloc québécois, laquelle appelle à la reconnaissance par le Parlement canadien de la Palestine comme état indépendent en accordance avec le droit international et la politique étrangère officielle du Canada. La motion du Bloc s’avère le soutien sans équivoque au droit du peuple palestinien à s’autodéterminer, et à l’intégrité du droit international. Notons que 136 États membres de l’Organisation des Nations Unies sur 193 États membres reconnaissent l’État palestinien. Le gouvernement canadien se trouve alors dans une position minoritaire à l’ONU, votant toujours contre toute résolution favorisant les réclamations légitimes des Palestiniens par rapport à leurs droits historiques et leur droit à l’autodétermination. La politique du gouvernement Trudeau face à la question palestinienne est indiscernable de celle du gouvernement Harper qui le précédait. Pourtant, en terme de sa politique étrangère officielle, le Canada « reconnait le droit des Palestiniens à  l’autodétermination  et appuie la création d’un État palestinien voisin souverain, indépendant, solide et démocratique. »

Bruce Katz, co-président de PAJU, ajoute : « Le Bloc québécois démontre beaucoup d’intégrité et courage morale par cette motion qui reconnait intégralement le droit du peuple palestinien à l’autodétermination. D’ailleurs, la motion du Bloc est fondée sur la notion d’une solution à Deux-États, notion à laquelle les autres partis siégeant au Parlement du Canada prêtent allégeance sans toutefois l’appuyer concrètement. Alors, si ces dites partis votent contre la motion du Bloc, cela veut dire qu’ils votent contre la solution de Deux-États, ils sont déjà contre la solution d’un seul État binational, alors quel serait leur choix : a No-State solution? Ils ne pourront quand meme pas courir en deux directions à la fois! »

La motion du Bloc coïncide avec le 50ème anniversaire de l’occupation illégale et de la colonisation de la Cisjordanie, ce qui prête davantage d’importance à  cette motion. Notons aussi que Gaza est sous blocus depuis neuf ans-un crime de châtiment collectif en droit international- et que la Palestine comprend et la Cisjordanie et Gaza. Des milliers d’Israéliens viennent de manifester à Tel Aviv à l’appui de la paix et à l’appui d’un État palestinien indépendent. PAJU exhorte tous les partis siégeant au Parlement du Canada à voter unanimement en faveur de la motion du Bloc québécois sur la Palestine, sans quoi ils continueront d’être complices de la colonisation et de l’occupation illégales des territoires palestiniens.

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Information : (514) 582-1642

www.pajumontreal.org

 

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PALESTiNIAN AND JEWISH UNITY (PAJU) SUPPORTS THE BLOC QUÉBÉCOIS MOTION IN SUPPORT OF PALESTINE

For immediate distribution

Montreal May 30, 2017 – PAJU supports the Bloc Québécois motion calling for the recognition by the Canadian Parliament of Palestine as an independent state in accordance with international law and official Canadian foreign policy. The Bloc motion is a statement of  unequivocal support for the right of the Palestinian people to self-determination and the integrity of international law. It should be noted that 136 Member States of the United Nations out of 193 Member States recognize the Palestinian state. The Canadian government is now in a minority position in the UN, still voting against any and all resolutions favoring the legitimate claims of the Palestinians in relation to their historical rights and their right to self-determination. The Trudeau government’s policy on the Palestinian issue is indistinguishable from that of the Harper government that preceded it. Yet, in terms of its official foreign policy, Canada « recognizes the right of the Palestinians to self-determination and supports the establishment of a sovereign, independent, strong and democratic neighboring Palestinian state.  »

Bruce Katz, co-president of PAJU, added: « The Bloc Québécois has demonstrated great integrity and moral courage by way of this motion, which fully recognizes the right of the Palestinian people to self-determination. In fact, the Bloc motion is based on the notion of a Two-State solution, a concept to which other parties in the Parliament of Canada  pay lip-service without actually supporting it in any concrete way. So if those parties vote against the Bloc motion, it means they are voting against the Two-State solution; they are already against the idea of a single binational state, so what would be their choice: a No- State solution? You can’t run in two directions at the same time!  »

The motion of the Bloc coincides with the 50th anniversary of the illegal occupation and colonization of the West Bank, which lends still greater weight to this motion. Also, it should be noted  that Gaza has been under blockade for nine years – the crime of collective punishment under international law- and that Palestine includes both the West Bank and Gaza. Thousands of Israelis have recently demonstrated in Tel Aviv in support of peace and support for an independent Palestinian state. PAJU urges all parties in the Parliament of Canada to vote unanimously in favor of the Bloc Québécois motion on Palestine. Otherwise, they will continue to be complicit in the illegal colonization and occupation of the Palestinian territories.

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Information : (514) 582-1642

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2016 : une année parmi les plus meurtrières pour les jeunes Palestiniens des territoires occupés

Bulletin # 768

L’année 2016 restera comme l’année au cours de laquelle Israël a tué le plus de mineurs au cours de la dernière décennie en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. C’est ce que nous apprend le rapport de l’organisation non gouvernementale « Defence for Children International-Palestine » (DCIP) publié la semaine dernière. Selon ce dernier, ce ne sont pas moins de trente-et-un jeunes Palestiniens qui ont été tués par l’armée israélienne cette année. Le dernier en date, Farid Ziyad Atta al-Bayed, était à peine âgé de quinze ans. Il est décédé le 23 décembre après 69 jours de coma. Faris avait été blessé le 15 octobre dernier lors d’affrontements avec l’armée survenus dans le camp de réfugiés de Jalazoun, non loin de Ramallah. Lire la suite

Israël ou la religion de la sécurité

par Gideon Levy

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On considère souvent Israël comme l’un des États les plus religieux du monde ; il l’est encore plus qu’on ne l’imagine. Ici, religion et État ne font qu’un. L’orthodoxie juive accompagne les citoyens de la naissance à la mort, qu’ils soient croyants, agnostiques ou athées. Mais, comme si cela ne suffisait pas, un second dogme encadre la vie des Israéliens : celui de la sécurité. À chaque étape de leur vie, il leur impose ses règles implacables.

Cette religion-là repose sur la croyance qu’Israël vivrait sous une menace perpétuelle — conviction qui repose sur une certaine lecture de la réalité, mais qui se nourrit également de mythes méticuleusement entretenus. Nos gouvernants orchestrent ainsi des campagnes de peur. Ils exagèrent les dangers réels, en inventent d’autres et alimentent l’idée que nous serions victimes de persécutions constantes. Et cela dure depuis la création de l’État.

Pendant la guerre de 1948, au lendemain de la Shoah, une telle attitude se justifiait sans doute : les Israéliens ne se percevaient-ils pas tel David face à Goliath ? Mais, depuis, le pays s’est hissé au rang de puissance régionale solide. Notre armée compte parmi les plus puissantes de la planète et dispose d’un arsenal technologique sophistiqué. La croyance demeure néanmoins : Israël lutterait pour sa « survie », même s’il se mesure à des organisations dont les membres marchent quasiment pieds nus, comme le Hamas ; même si, à part l’Iran, aucun État puissant ne l’a placé dans sa ligne de mire ; et même si ce sont nos troupes qui mènent des opérations d’occupation. La recette n’est pas neuve, ni propre à notre pays : réelle ou fictive, la menace extérieure justifie l’« union nationale » et l’emprise de l’État sur la population.

Selon le centre de recherche IHS Jane’s, Israël affichait en 2015 le seizième budget de défense du monde : 15,6 milliards de dollars. Cela représente 6,2 % du produit intérieur brut (PIB), ce qui place le pays au deuxième rang mondial, derrière l’Arabie saoudite. La part du budget de la défense dans le PIB israélien est deux à six fois plus élevée que dans les autres nations industrialisées. Et, en dépit de l’érosion de sa part dans les dépenses de l’État, le montant n’a cessé de croître en valeur absolue. Alors que le pays ne se situe qu’au 98e rang pour la population, avec seulement huit millions d’habitants, le Global Firepower Index (1) place l’armée israélienne au seizième rang en termes de puissance de feu, avec un char d’assaut pour 1 930 citoyens (contre 5 948 en Corée du Nord et 157 337 en France) et un avion de chasse pour 11 800 citoyens (contre 23 904 aux États-Unis et 51 914 en France).

La bagatelle de quatorze sous-marins

De telles dépenses, plus importantes proportionnellement que celles des États-Unis, de la Russie ou de la France, s’effectuent au détriment d’autres secteurs : l’éducation, la santé, le logement, les transports ou l’accueil des migrants. Mais cette préférence budgétaire ne fait l’objet d’aucun débat public, même lorsque des milliers de citoyens descendent dans la rue pour s’insurger contre le montant des loyers — comme pendant l’été 2011, lors de la plus grande protestation sociale de notre histoire (2). Le pays dispose de la bagatelle de quatorze sous-marins ; cinq ne suffiraient-ils pas — mettons dix, pour les inquiets ? L’argent englouti pour construire un seul de ces engins — 1,4 milliard d’euros — permettrait de réhabiliter des quartiers entiers. Mais, si les Israéliens se plaignent du coût de la vie et de la dégradation des services sociaux, ils acceptent le budget de la défense et la rhétorique sécuritaire du pouvoir sans broncher. La foi se discute-t-elle ?

Il est inquiétant de voir certains pays européens, dont la France, prendre le même chemin. S’engager sur une pente aussi glissante peut conduire à justifier toutes les atteintes à la démocratie. Les Israéliens en ont fait l’expérience : la « sécurité » fait oublier l’injustice. Elle blanchit le crime et teinte d’un vernis de légitimité les pratiques les plus discriminatoires. Dirigeants politiques, généraux, juges, intellectuels, journalistes : tous le savent, mais chacun ajoute son silence à celui de la majorité.

Quand on pénètre en voiture dans l’aéroport Ben-Gourion, il faut ouvrir la fenêtre pour saluer l’agent de sécurité armé. Tout dépend alors de la façon dont vous parlez l’hébreu : si le garde croit déceler un accent arabe, il arrête la voiture. Ainsi les Juifs s’imprègnent-ils d’un sentiment de supériorité ; les Palestiniens, de leur infériorité ou de leur dangerosité. Car, c’est bien connu, tout citoyen arabe d’Israël est un colis suspect, une bombe à retardement.

Nul ne niera que le terrorisme existe. Mais on évoque trop peu les effets pervers qu’induisent les mesures prises pour y répondre. Les contrôles interminables tracassent jour après jour des citoyens rendus dociles par la peur d’un attentat. Insidieusement se façonnent des stéréotypes, s’exacerbent des préjugés qui cristallisent en racisme. Cela contribue à détruire notre pays de l’intérieur. En ira-t-il ainsi, désormais, aux États-Unis et en Europe ? Est-ce vraiment nécessaire ? N’y a-t-il pas d’autres moyens, plus justes et plus mesurés, de lutter contre le danger ?

Au nom de la sécurité, Israël occupe depuis plus de cinquante ans des territoires palestiniens, à l’encontre du droit international. Nous sommes ainsi devenus une des rares puissances coloniales du XXIe siècle. Quand M. Shimon Pérès, futur Prix Nobel de la paix, autorisa en 1975 l’implantation d’une des plus grandes colonies, celle d’Ofra, il souligna combien il était important de conserver l’antenne de télécommunications dressée dans les territoires occupés. Mais la colonie a été construite sur des terres privées volées à des Palestiniens sous l’égide de l’État. Les gardiens temporaires sont rapidement devenus des colons ; leur camp, une banlieue des territoires. La suite, jalonnée de crimes sanglants, appartient à l’histoire. Aujourd’hui, dans Gaza, plus de deux millions de personnes sont enfermées dans ce qui constitue la plus grande prison du monde.

Comme l’ensemble des institutions, l’appareil judiciaire se prosterne devant le Moloch moderne. La Cour suprême, généralement capable de punir les injustices qui sont portées devant elle, valide l’inacceptable lorsqu’il prend prétexte d’exigences sécuritaires : destructions de maisons, expulsions, etc. Pendant la longue histoire de l’occupation, la Cour a trop rarement manifesté son opposition. Il aura fallu de longues années avant qu’elle ait le courage de critiquer les assassinats ciblés et la torture. Et elle s’obstine encore à légitimer les arrestations sans comparution devant un juge, appelées « détentions administratives ». Depuis des années, des milliers de personnes ont été embastillées sans jugement. Comme elles ne sont pas plus autorisées que leurs avocats à connaître les chefs d’accusation, elles n’ont aucun moyen de se défendre. L’état d’urgence, en vigueur depuis l’époque du mandat britannique — même si le mandat s’est achevé depuis longtemps —, autorise un tel scandale. L’état d’urgence n’a plus lieu d’être, mais ses dispositions demeurent.

Au mépris du droit international

Quant aux tribunaux militaires, ils condamnent des Palestiniens dans des mascarades de procès politiques. Au nom de la sécurité, on détruit les maisons des « terroristes » (3) et l’on procède à des châtiments collectifs interdits par le droit international. On impose quotidiennement à des milliers de personnes des contrôles arbitraires, des arrestations et des descentes nocturnes de l’armée. On empêche les uns de travailler ou de se déplacer ; on en met d’autres à mort, dès lors qu’une recrue redoute une menace. Ce fut le cas pour une enfant de 10 ans qui tenait une paire de ciseaux à la main. Abattue pour « protéger » des soldats qu’elle s’apprêtait sans doute à découper…

Rappelons que les citoyens arabes de « la seule démocratie du Proche-Orient » ont vécu sous administration militaire depuis les premières années de l’État jusqu’au milieu des années 1960. Puis vinrent cinquante années d’occupation, cinquante années d’arrestations au nom d’impératifs de « sécurité » — ce maître mot alibi évitant à Israël la qualification d’État non démocratique…

Pour l’instant, les Arabes sont les principales victimes de cette situation. Après des années de lutte contre le terrorisme, le nombre de morts palestiniens est cent fois plus élevé que celui des morts israéliens. Mais, alors que la démocratie se fragilise, les attaques contre la liberté d’expression et les droits civils (4) touchent désormais tout le monde. La religion sécuritaire étend son emprise : aujourd’hui dans les territoires occupés, demain à Tel-Aviv ; aujourd’hui au détriment des Arabes, demain des Juifs.

Dans le monde entier, les Israéliens sont perçus comme le fer de lance de la lutte contre le terrorisme. Nos entreprises conseillent des gouvernements, exportant non seulement des armes, mais aussi des savoir-faire. Mais, si les États veulent apprendre d’Israël, ils doivent aussi tirer la leçon de ce qu’il ne faut pas faire. Notamment, qu’on ne peut pas tout se permettre au nom de la sécurité. Risquer de perdre la démocratie constitue peut-être un danger plus grand que le terrorisme.

Gideon Levy

Écrivain et journaliste au quotidien Haaretz (Tel-Aviv).
Source: http://www.monde-diplomatique.fr/2016/10/LEVY/56434

Intifada al-Quds en Palestine : poursuivre le chemin de la libération

Intifada - Al-Quds

 

« La légitimité la plus large que peut obtenir un responsable ou officiel (de l’Autorité) consiste à rendre visite aux familles des martyrs et des prisonniers, et à ceux dont les maisons ont été démolies » (Khodr Adnane, cadre du mouvement du Jihad islamique, initiateur en 2011 des grèves de la faim dans les prisons pour réclamer la fin de la détention administrative)
Parce que les opérations de la résistance palestinienne se sont espacées, nombre de médias et commentateurs ont considéré que l’Intifada al-Quds a dit son dernier mot. Il est vrai que la férocité de la répression sioniste et les rafles nocturnes quotidiennes ont entamé, non le désir de résister, mais la capacité physique de le faire.

Les démolitions de maisons, des martyrs ou des prisonniers, n’ont eu aucun effet sur la baisse des opérations, au contraire. La bestialité des soldats de l’armée d’occupation n’a fait qu’entériner la volonté d’en finir une fois pour toute avec ces colons d’outre-mer. Les promesses vengeresses des officiels de l’entité coloniale, contre le peuple palestinien dans son ensemble, et même contre l’Autorité palestinienne, pourtant bien disposée à jouer son rôle en arrêtant les militants, notamment les prisonniers libérés, n’ont aucun effet sur le moral de la population, qui n’espère que le départ de ces colons qui leur pourrissent la vie depuis près de 70 ans. La bestialité des sionistes a semble-t-il, pu limiter le nombre des attaques au couteau, mais elle n’a pu mettre fin, au contraire, aux opérations armées menées par des Palestiniens endurcis. Trois opérations de la résistance ont suscité le désarroi de l’occupant sioniste, l’une au début du mois de juin dans la colonie de Tel Aviv, et les autres, au début du mois de juillet près de la ville d’al-Khalil. Ces opérations qualitatives ont défié le système sécuritaire de l’occupant et montré que la résistance se poursuit. Les exécutions des combattants retranchés que les sionistes veulent afficher et propager comme des gestes de courage ou de fermeté ne montrent, aux yeux d’une opinion internationale civilisée, qu’une lâcheté abjecte, digne de tous les colonialistes au cours des siècles précédents.
Tout au long de ces derniers mois, c’est la mosquée al-Aqsa qui a subi les provocations les plus graves depuis son occupation. En effet, la ville d’al-Quds et les maqdissis vivent les moments les plus graves de l’histoire de cette ville, avec les multiples invasions et profanations de la mosquée al-Aqsa. Pour la première fois depuis l’occupation de la partie orientale de la ville en 1967, les sionistes ont empêché les Palestiniens musulmans de fréquenter leur mosquée et de s’y recueillir en l’absence de colons profanateurs. Pour la première fois, et à cause de l’indifférence arabe et musulmane dans le monde, les sionistes ont osé briser un statu-quo jusque là maintenu, pendant le mois béni pour les musulmans, en autorisant la souillure de la mosquée par les profanateurs et la provocation des fidèles. Les plans sionistes de judaïsation de la ville se poursuivent, profitant de la normalisation des relations d’officiels et semi-officiels arabes et musulmans avec l’entité sioniste.

Martyrs palestiniens tombés depuis mi- juin 2016 :

216 – Arif Sharif Jaradat (22 ans, Sa’îr), 19/6 ; 217 – Mahmoud Ra’fat Badrane (15 ans, Bayt Or, Ramallah), 21/6 ; 218 – Mohammad Tarayra (19 ans, Bani Na’im al-Khalil), 30/6; 219 –  Wael Abu Saleh (46 ans, Tulkarm), 30/6 ; 220 – Sara Tarayra (27 ans, Bani Na’im -al-Khalil), 1/7 ;  221 – Jamal Dwaykat (20 ans, Nablus) (mi-juin) ; 222 – Tayseer Mohammad Habach (63 ans, Assira), 1/7 ; 223 – Anwar Salayme (Al-Ram, 22 ans), 13/7 ; 224 – Mohieddine Tabakhi (12 ans, Al-Ram), 19/7 ; 225 – Mustafa Baradhia (50 ans, Bayt Fujjar), 19/7 ; 226 – Mohammad al-Faqih (29 ans, al-Khalil) 27/7 ; 227 – Rami Awartani (31 ans, Nablus), 31/7 ; 228 – Moussa Salman (83 ans, Talfit, Nablus) 10/8 ; 229 – Mohammad Abu Hash-hash (Camp al-Fuwwar, 17 ans), 16/8 ;
Le martyr prisonnier libéré Na’im Shawamra, de Doura, al-Khalil, est décédé des suites d’une longue maladie, contractée dans les prisons de l’occupation. Le martyr avait été condamné à la prison à perpétuité, mais libéré en 2013 (16/8)

Scènes de l’Intifada al-Quds

Yatta assiégée : la vengeance de l’occupant : Parce que les résistants ayant mené une opération dans la colonie de Tel Aviv sont de Yatta, dans la province d’a-Khalil, les occupants s’en sont pris à tout le bourg et exercent un siège qui a duré plusieurs semaines. Toutes les voies vers le bourg ont été fermées, des blocs de ciment ont obstrué la circulation des Palestiniens. Il s’agit d’une punition collective, comme l’occupant a pris l’habitude de le faire, croyant intimider le peuple palestinien. Les malades ne peuvent aller se faire soigner dans la ville d’al-Khalil, les ateliers ont cessé de fonctionner, dans leur majorité, les importations de marchandises et les exportations ont cessé, les ouvriers au nombre de 22.000 ne peuvent travailler, et parmi eux, ceux qui pouvaient se rendre en Palestine occupée en 48. Au cours de la nuit, les sionistes investissent les maisons, arrêtent les Palestiniens, brisent les portes et cassent les mobiliers des maisons, comme à leur habitude (au cours du mois de juin 2016)
Extension de la lutte dans les prisons de l’occupation : le mouvement de grève de la faim dans les prisons s’est étendu à plusieurs prisons sionistes. Commencé par Bilal Kayed, le combattant du FPLP que les sionistes ont refusé de libérer après 15 ans de détention, en transformant sa détention en détention administrative, le mouvement s’est élargi lorsque 4 prisonniers détenus administratifs, dont les frères Mohammad et Mahmoud Balboul, ont entamé leur grève de la faim. La solidarité avec Bilal Kayed a touché la plupart des prisons de l’occupation, puisque le nombre des grévistes est passé à presque 200 prisonniers, dont le secrétaire général du FPLP, Ahmad Saadate. Malgré la répression féroce de la lutte par les sionistes, le mouvement de grève se poursuit, grâce à la solidarité du peuple palestinien, qui manifeste dans les rues dans toute la Palestine occupée, comme à Haïfa, ou devant les hôpitaux où sont enfermés Bilal Kayed et Mahmoud Balboul. Plusieurs prisonniers mènent également la grève de la faim depuis presque deux mois, pour réclamer la fin de la détention administrative, et Walid Mussalma, pour réclamer la fin de son isolement dans la prison d’Eshel.
Qalandia et le camp s’opposent au rasage des maisons : Au cours du mois de juillet, les forces de l’occupation ont fixé leurs opérations de démolitions des maisons dans le camp de Qalandia, devenu un « nœud de vipères » pour elles. Elles ont  démoli les maisons des martyrs Issa Assaf et Anan Abu Habsa, accompagnées de 70 véhicules militaires. Elles ont fait exploser la maison du martyr Abu Hasna et démoli par bulldozer celle du martyr Assaf. Des affrontements ont eu lieu lors de la présence des sionistes dans le camp, et 20 citoyens Palestiniens ont été blessés. Dix jeunes ont été arrêtés, dont Ahmad Matar (26 ans), le frère du martyr Omar Matar. Les martyrs Abu Habsa et Assaf avaient mené une opération de la résistance dans Bab al-Amoud, dans al-Quds, au mois de décembre dernier. Le 25 juillet, les sionistes ont démoli 12 immeubles dans le bourg de Qalandia comprenant 30 appartements sous le prétexte de constructions illégales. La population du camp et de la ville appellent à une large mobilisation.
La région d’al-Khalil vit sous couvre-feu militaire : Suite à plusieurs opérations hardies menées par les résistants dans la région d’al-Khalil, les forces sionistes ont bouclé la région pendant plusieurs semaines, enfermé 600.000 Palestiniens et supprimé 2800 autorisations de travail dans les territoires occupés en 48. La communauté internationale n’a rien vu, n’a pas commenté, les pays arabes et musulmans ont tourné les regards vers d’autres cieux. Abdel Hadi Hantash, spécialiste des questions relatives à la colonisation, a déclaré que l’occupant impose une punition collective à la population d’al-Khalil, en les empêchant de se rendre à leurs travaux, en les empêchant de poursuivre leur vie. L’occupant a bloqué les routes menant aux camps et aux villages dans la province et installé des blocs de béton et des barrages sur les routes pour empêcher les gens de circuler. Les soldats sionistes ont investi les rues de la ville et fermé les magasins, à la recherche des résistants. La ville d’al-Khalil est l’une des plus grandes en Cisjordanie occupée. Ses habitants sont au nombre de 270.000 habitants, et le nombre des colons qui l’ont envahie s’élève à 850 colons.
Les services sécuritaires de l’Autorité palestinienne font le travail de l’occupation : les arrestations des militants, les incursions de nuit dans les maisons paisibles des familles palestiniennes, à la recherche des jeunes et des prisonniers libérés, ce ne sont plus seulement les sionistes qui pratiquent cette terreur, mais c’est aussi la pratique des services sécuritaires de l’Autorité palestinienne. Ds dizaines de militants et d’anciens prisonniers libérés ou des membres de leur famille ont été ciblés ces derniers temps. Parmi eux, le militant du Mouvement du Jihad islamique, récemment libéré des prisons de l’occupation, Salameh Abdel Jawad, du camp Askar dans la ville de Nablus. Il a été kidnappé par les services de l’Autorité palestinienne. Torturé au cours de sa détention (10 jours), il a été emmené à l’hôpital pour être soigné. Le militant a déclaré que les services de l’Autorité palestinienne l’ont arrêté parce qu’il était actif dans le soutien et la solidarité avec les prisonniers palestiniens, et notamment ceux qui mènent la grève de la faim.

Résistance

Un soldat sioniste a été poignardé près de Jénine par un Palestinien, qui a été arrêté, selon l’armée de l’occupation (15/8). Au mois de juin dernier, un officier sioniste a été blessé par un coup de feu au barrage du tunnel près de Bayt Lahem, et des jeunes Palestiniens lancent des pierres sur un véhicule appartenant à des sionistes. Au mois de juillet, un colon a été tué et trois autres blessés près de la colonie Atna’il, près d’al-Khalil.
Une opération de résistance est menée dans la région d’al-Khalil, tuant sur le coup un rabbin membre du Mossad sioniste (mi-juillet). Le résistant est parvenu à prendre la fuite. Cette opération a suscité la panique chez les sionistes, notamment parce qu’elle s’est produite dans la région d’al-Khalil, quelques jours après une autre opération dans la même zone. Suite à l’opération, les Palestiniens ont fait circuler une vidéo annonçant une opération similaire contre le rabbin député Gluck, responsable de la profanation de la mosquée al-Aqsa. A la fin du mois de juillet, le combattant Mohammad Faqih, responsable de l’opération, a mené un combat de 7 heures contre les forces de l’occupation avant de tomber au cours du siège de la maison dans laquelle il s’était barricadé.
Le jeune Palestinien, Mohammad T  arayra, de Bani Na’im, mène une opération courageuse contre la colonie Kharsina, malgré la surveillance électronique installée par les colons. Les médias sionistes affirment que le jeune Mohammad fut plus rapide que l’armée d’occupation, alertée par un coup de fil. Il réussit à abattre une femme colon et à blesser grièvement un autre. Le martyr a été exécuté alors qu’il s’apprêtait à poignarder un autre colon. Les responsables sécuritaires de l’occupation ont considéré que l’opération du martyr est un coup dur pour les sionistes car il a pu infiltrer leur système de sécurité. (juin)
Un Palestinien de Tulkarm, Wa’el Abu Saleh, 46 ans, parvient à mener une opération par poignard, et à blesser deux colons dans la colonie de Natanya, en Palestine occupée en 48 (juillet). Exécuté sur place, le martyr a été laissé dans la rue jusqu’à ce que son corps se vide de son sang.
Les Palestiniens s’opposent à l’invasion de colons dans le bourg de Hawwara, au sud de Nablus. Les forces de l’occupation sont intervenues et ont arrêté un Palestinien de 20 ans, Ghazi Lafi. Des affrontements ont opposé les Palestiniens aux forces militaires qui protégeaient les colons (12/8).
Les forces sécuritaires de l’entité sioniste craignent la propagation des armes dans les territoires occupés en 1967. Plusieurs ateliers d’armes auraient été découverts par les sionistes au cours des mois précédents et notamment des ateliers pour la fabrication de l’arme « Carlo », fréquemment utilisée par les Palestiniens au cours de l’Intifada en cours. Dans la nuit du 17 août, les sionistes ont même volé de l’argent, dans la région de Jénine, considérant que cet argent sert à financer les opérations de la résistance.
Des affrontements ont eu lieu entre les forces de l’occupation et les jeunes du village de Jaba’, dans la région de Jénine, après que les sionistes aient investi le village et ses maisons au cours de la nuit du 17 août. L’occupant a arrêté Ahmad Kan’an (30 ans).
Le corps du martyr Mohammad Kalouti (21 ans) d’al-Quds, a été rendu par l’occupant à sa famille, 5 mois après son martyre. Les sionistes ont empêché, en encerlant le cimetière, la participation populaire à l’enterrement. 14 corps de martyrs tombés au cours de l’Intifada al-Quds, depuis début octobre 2015, sont toujours détenus par les sionistes. Le père du martyr Baha’ Alayan a refusé les conditions sionistes pour la remise du corps de son fils, qui est toujours détenu par l’occupant.
Une campagne populaire est lancée dans le bour de Bani Na’im à l’est de la ville d’al-Khalil pour reconstruire la maison du martyr Mohammad Tarayra, que les sionistes ont démolie deux jours auparavant (août).  Khodr Adnane, cadre du mouvement du Jihad islamique, appelle à l’unité pour reconstruire les maisons que l’occupant a démolies dans la ville de Yatta, et notamment la maison du prisonnier Mourad Id’iss (juin)
Les Palestiniens des territoires occupés en 48 manifestent contre la présence d’une ministre sioniste dans la ville de Ar’ara, dans la région du Triangle. Cette ministre avait été invitée par des avocats appartenant à des syndicats sionistes (juin).
Des jeunes Palestiniens empêchent 60 colons de se rendre à la tombe de Youssef, près de Nablus, que les sionistes prétendent être un lieu juif. Ils ont bombardé aux cailloux le car qui transportait les colons (22 août).
Un groupe de Palestiniens, dirigés par Sheikh Khodr Adnane, a occupé le principal bâtiment de l’ONU à Ramallah pour protester contre l’attitude passive de l’ONU concernant la lutte du prisonnier Bilal Kayed et tous les prisonniers en grève de la faim contre la détention administrative, le 21 août.
Les statistiques des sionistes montrent que 21 attaques menées par les Palestiniens – jets de pierre et de bouteilles incendiaires – ont été enregistrées au cours d’une seule journée. Une semaine auparavant (mi août), 47 points d’affrontements ont été enregistrés dans la seule ville d’al-Quds entre les forces sionistes et les Palestiniens, au cours desquels 58 Palestiniens ont été blessés.

Répression et purification ethnico-religieuse

Les forces sionistes tirent sur un groupe de manifestants dans la ville de Nablus, qui s’opposaient à l’invasion de colons (2 juin). Jamal Douweikat est gravement blessé. Il meurt plusieurs jours plus tard à l’hôpital de Nablus. Jamal Duwaykat avait été libéré de la prison sioniste quelques mois auparavant. Détenu pendant trois ans, il était accusé de s’être opposé à l’invasion coloniale de la tombe de Youssef, à Nablus.
Le 20 juin, les sionistes tirent sur 4 enfants et tuent Mahmoud Badrane, 15 ans, près de Ramallah. Les trois enfants blessés sont Daoud Kharoub, son frère Issam, et Ikram Sulayman. Les témoins affirment que les 4 enfants ne faisaient que passer par la route coloniale 445, et plus tard, le porte-parole de l’armée sioniste a affirmé qu’ils n’étaient pas impliqués dans le tirs de cailloux contre les véhicules des colons. Les forces sionistes dans la ville d’al-Khalil exécutent Sara Tarayra, 27 ans, de Bani Na’im. Arrêtée et en cours d’être fouillée, les soldats tirent sur la jeune femme, enceinte.
Les arrestations quotidiennes et les rafles nocturnes menées par l’occupant dans les villes, villages et camps palestiniens en Cisjordanie témoignent du durcissement du conflit et de la crainte des sionistes de l’extension du mouvement de révolte. Les sionistes ont arrêté des dizaines de Palestiniens en prétendant qu’ils préparaient des attaques contre eux. Le 17 août, la police sioniste a arrêté le jeune Ahmad Achayer (20 ans) de At-Tur dans al-Quds, prétendant qu’il avait exécuté poignardé un colon une semaine auparavant. Le même jour, les forces de l’occupation ont arrêté, au cours de raids nocturnes, 23 Palestiniens à Ramallah, et les camps de Am’ari et Qaddura ont été le théâtre d’affrontements entre forces occupantes et Palestiniens.
Le Shabak, organe de renseignements des sionistes, a déclaré (juin) qu’il a arrêté trois membres d’une cellule familiale responsable de l’opération militaire exécutée il y a plusieurs mois contre des soldats sionistes à Hazma, près d’al-Quds. Il s’agirait de la famille Halabiyé d’Abu Diss.
La démolition des maisons des résistants se poursuit. Les forces de l’occupation ont investi avec 30 véhicules militaires le bourg de Bani Na’im dans la région d’al-Khalil pour démolir la maison du martyr Mohammad Tarayra. Elles ont fait exploser la maison le 14 août. Les sionistes ont décidé de démolir la maison du prisonnier Mohammad Amayra, qui est la maison familiale. Le prisonnier Amayra est accusé d’avoir aidé le martyr Mohammad al-Faqih à exécuter son opération contre une base militaire sioniste. D’autre part, une partie de la maison du martyr Bashar Musalha à l’est de Qalqylia, a été démolie par les sionistes début juin. Le martyr Bashar Masalha avait excuté une opération au mois de mars dernier à Yafa.
En l’absence de tout intérêt arabe et international au sort du peuple palestinien, les sionistes multiplient les confiscations de terrains, la construction de colonies et l’invasion de colons. Un ministre de l’entité sioniste a déclaré récemment que son gouvernement avait posé un plan de multiplier par dix, au cours des dix prochaines années, le nombre de colons dans la seule région de Bayt Lahem. D’autre part, les autorités sionistes ont commencé des travaux d’extension des colonies Efrat et Tal Amim, pour les relier entre elles afin de séparer la ville de Bayt Laham de la ville d’al-Quds. Un autre plan vise à séparer la ville de Bayt Laham de la ville d’al-Khalil, transformant les deux agglomérations en véritables ghettos.
Un plan de colonisation est en cours pour installer des colons en plein cœur de la ville d’al-Khalil, près du point militaire de l’occupation, entre la colonie « Afraham Afino » et la rue des martyrs.
L’invasion coloniale se poursuit avec l’arrivée au cours de cet été de plus de 500 colons en provenance des Etats-Unis, du Canada et de la France. Plus de 50% de ces colons participent à la colonisation en Cisjordanie, les autres participent à la colonisation des terres occupés en 48, et notamment dans les villes arabes, comme Haïfa et ‘Akka.
Dans la ville occupée en 1948 d’al-Lid, l’occupant impose la baisse du son des appels à la prière en provenance des mosquées sous le prétexte que cela « dérange les juifs » (les colons).

Dans la ville d’al-Quds et la mosquée al-Aqsa

La judaïsation de la ville d’al-Quds a pris une tournure dramatique ces derniers temps. Les Palestiniens s’opposent tous seuls à cette menace, sans aucune couverture arabe et musulmane, politique, médiatique ou diplomatique, qui puisse les aider à résister. La municipalité de l’occupant prétend vouloir modifier l’entrée principale de la ville, du côté ouest, pour supprimer entièrement le caractère arabo-islamique de la ville. D’autre part, dans la vieille ville, un projet de « modernisation » du quartier jouxtant la porte « al-Jadid » (de son vrai nom porte Abdel Hamid) est en cours, pour modifier le caractère arabo-musulman du quartier. Dans le langage sioniste, la judaïsation prend plusieurs appellations telles que « modernisation », « rénovation » ou « développement ».
Le gouvernement de l’occupation a approuvé la construction de « Bayt al-Jawhar », bâtiment sioniste en plein centre de la place al-Bouraq, qui jouxte la mosquée al-Aqsa. Ce bâtiment serait utilisé par et pour les sionistes pour propager leur idéologie rétrograde et raciste envers les Palestiniens, arabes et musulmans. Les sionistes avaient, au cours des années précédentes, mener plusieurs excavations dans le lieu prévu, en détruisant des centaines d’objets et de traces de présence musulmane dans la ville sainte.
La municipalité de l’occupation a approuvé la construction d’un immeuble pour les colons dans Selwan, au sud de la mosquée al-Aqsa. Cet immeuble serait construit à la place de plusieurs maisons palestiniennes démolies ou assaillies par les colons (juin).
Le centre d’information de Wadi Helwa a déclaré, au mois de juillet, que les sionistes ont assassiné 7 Maqdissis, depuis le début de l’année 2016, dont une femme et un enfant, et arrêté 963 Palestiniens de la ville d’al-Quds, dont 47 femmes, 58 vieux, 366 mineurs (moins de 18 ans), et parmi eux, 32 enfants âgés de moins de 12 ans. Il a annoncé que 6272 profanateurs se sont introduits dans la mosquée al-Aqsa, avant le mois de Ramadan.
1059 sionistes ont profané la mosquée al-Aqsa au cours du mois de juillet. Plusieurs gardiens de la mosquée ont été arrêtés par l’occupation. Le 12 juillet, 313 colons ont profané la mosquée en pratiquant des rites talmudiques. Le 27 juillet, 96 membres des services de renseignements de l’occupation ont profané la mosquée. Les sionistes essaient de pratiquer des rites talmudiques, mais sont souvent empêchés par les fidèles et les gardiens de la mosquée. Les forces de l’occupation ont mené des campagnes d’arrestations massives des fidèles au cours du mois de juillet avant de prononcer à l’encontre de plusieurs fidèles des interdictions d’entrer dans la mosquée allant de deux semaines à six mois.

La presse palestinienne

Plusieurs sujets ont été abordés par la presse palestinienne au cours des derniers mois, dont l’accord de réconciliation entre le régime turc et l’entité sioniste auquel des dizaines d’articles ont été consacrés, aux côtés de la judaïsation galopante dans la ville d’al-Quds, la réconciliation inter-palestinienne, l’opération de la résistance dans la ville de Yafa, au début du mois et la résistance héroïque du combattant Mohammad al-Faqih contre les forces de l’occupation, dans la région d’al-Khalil. L’accord de réconciliation entre le régime turc et l’entité sioniste a été largement dénoncé par la presse palestinienne et les organisations de la résistance, qui ont refusé toute normalisation avec l’occupant, quelles que soient les circonstances. La critique de l’association turque IHH, qui avait organisé la flotille Mavi Marmara, de cet accord disant qu’il légalise le blocus au lieu de le supprimer, et la virulente réponse d’Erdogan qui a remis en cause même la flotille, ont été passées sous silence par une presse favorable au régime turc. Dans al-Istiqlal, bi-hebdomadaire qui paraît à Gaza, l’éditorial du 30 juin affirme que cet accord sert d’abord les intérêts sionistes, puisque le blocus va demeurer, et que les constructions à but humanitaire ne verront pas le jour avant 5 ans. Même si « on ne peut faire supporter au régime turc plus qu’il ne peut porter », il va sans dire que tout accord et toute normalisation avec l’occupant doit être dénoncés comme étant des coups de poignard dans le dos des Palestiniens, arabes et musulmans.
Au cours des mois de juillet et août, la presse palestinienne a consacré quotidiennement des articles ou des études sur la ville d’al-Quds et la mosquée al-Aqsa, et sur le mouvement de grève de la faim dans les prisons sionistes. De plus, la normalisation entre des responsables saoudiens et l’entité coloniale a été largement commentée par la presse palestinienne. Pour certains commentateurs, les champions saoudiens de la normalisation (des officiels ou semi-officiels) agissent en plein jour alors que le régime lui-même a normalisé depuis longtemps en cachette. Pour d’autres, qui attendent toujours une dénonciation des normalisateurs par le régime, ces derniers agissent individuellement et ne représentent pas la ligne du régime. La presse a largement publié le communiqué signé par des personnalités du Golfe et notamment de l’Arabie saoudite dénonçant la normalisation des relations avec l’occupant.

Communiqués et déclarations

Sheikh Youssef Salame, prédicateur à la mosquée al-Aqsa, a déclaré : « Nous avons maintes fois mis en garde contre les projets de l’occupant qui vise la ville d’al-Quds, mais certains ont jugé que nous exagerions. L’occupant est en train d’enterrer le caractère arabo-musulman et chrétien de la ville, pour faire croire que cette ville est juive. Il s’agit d’un véritable massacre pour installer une majorité juive dans la ville sainte, en vue de concrétiser des fables inventées par les rabbins juifs, et détruire la mosquée al-Aqsa ».
Ahmad Al-Moudallal, cadre dirigeant au Mouvement du Jihad islamique en Palestine, a déclaré, au cours d’une manifestation à Gaza pour soutenir la lutte des prisonniers palestiniens, que l’occupant exerce ses mesures et sa répression contre les prisonniers pour tuer l’âme de la résistance dans les prisons. Par la maladie qu’il néglige de soigner, il cherche à soumettre les prisonniers.
Le mouvement du Jihad Islamique en Palestine salue l’opération de la résistance menée par un résistant près de la ville d’al-Khalil (juillet). Dans son communiqué, le mouvement affirme que l’augmentation des opérations contre les colons et les soldats de l’occupation reflète la détermination de notre peuple à poursuivre l’Intifada en défense de sa terre et de ses sacralités. Le mouvement a appelé à la poursuite des opérations.
Commentant l’opération de la résistance dans la région d’al-Khalil au mois de juillet dernier, le politologue Abdel Sattar Qassem a déclaré que seule la résistance armée pourra mettre fin à la présence des colons en Palestine, et pour cela, il est nécessaire d’avoir le souffle long. Pour lui, lorsque les colons ressentiront la menace contre leur vie dans le pays, ils fuiront. Cela ne se fera ni par la résistance pacifique.

Dans la presse sioniste

Li’or Akerman, ancien responsable du Shabak remet en question, dans « Maariv » le 3/8/2012, les déclarations du Shabak selon lesquelles ce service de renseignements aurait réussi à empêcher la poursuite des opérations de la résistance en Cisjordanie, par ses mesures répressives. Il affirme que le Shabak agit dans les territoires occupés depuis 1967, et qu’il a un puissant réseau de renseignements, et qu’il est parvenu, au fil du temps de l’occupation, à quadriller toute la Cisjordanie. Malgré cela, les opérations de la résistance ont eu lieu, même si elles ont diminué, ces derniers temps, probablement à cause de la chaleur, et non à cause des efforts du Shabak.
L’editorialiste de Haaretz daté du 10 juin met en doute l’efficacité des mesures sionistes prises à l’encontre du bourg de Yatta, dans la région d’al-Khalil, où vivent les résistants ayant mené l’opération à Tel Aviv et tourne au ridicule toutes les déclarations de la classe politique sioniste promettant de sévir contre le peuple palestinien, en affirmant que toutes ces promesses de violence et de vengeance ne peuvent assurer la sécurité des « israéliens », car elles vont pousser de plus en plus de jeunes (palestiniens) vers la « violence ».
Le commentateur militaire de la chaîne sioniste 10, Alon ben David, écrit : « les murs élevés que nous avons érigés aux frontières peuvent probablement arrêter les « terroristes », mais ils ne peuvent empêcher les idées violentes de s’infiltrer dans les cœurs et les cerveaux des Palestiniens. »
Yossi Beilin, écrit dans Ysrael Yom » le 16 août « Non à Hamas » et réclame l’interdiction de la participation du Hamas aux élections municipales qui devraient se dérouler dans les territoires occupés en 1967. L’auteur se base sur un article du protocole de 1995 dépendant des accords d’Oslo qui stipule l’interdiction de toute formation politique prônant le racisme ou qui vise à réaliser ses objectifs de manière illégale. Il aurait attiré l’attention de Sharon, au cours des élections législatives en 2006, sur cet article, mais Sharon n’en a pas tenu compte. Il réclame aujourd’hui à la classe politique de faire attention…

Publié par Centre d’information sur la Résistance en Palestine (cirepal

« Non au terrorisme d’État d’Israël »

SHUT DOWN THE JDL ON AUGUST 10TH!/AIDEZ-NOUS À BLOQUER LA LDJ LE 10 AOÛT!

From some friends in Montreal.
[Français à la suite de ce texte]

Stop à la LDJ

 

HELP US SHUT DOWN THE JDL ON AUGUST 10TH!
This is a call from a group of leftist Jews living in Tiotia:ke (Montreal), occupied Kanien’keháka territory:

Join us in shutting down the Jewish Defense League (JDL)’s plan to organize in Montreal on August 10th and 11th, 2016! The JDL plans to send supporters from Toronto to Montreal to disrupt events that support Palestinian liberation at the World Social Forum. These events are being organized by Canadian Friends of Sabeel, Independent Jewish Voices, Israeli Committee Against Home Demolitions, and BDS Quebec.

The JDL plans to meet on August 10th at 2pm at Cégep du Vieux (255 rue Ontario E) – we plan to get there at 1pm to be ready to greet them and send them on their way.

[The JDL’s plans may change. Please either check this Facebook event or Twitter account frequently for possible last-minute changes]

SOME BACKGROUND
JDL Canada has spent the last year attempting to create alliances with other fascist groups in this city but have failed to start a Montreal chapter. Their organizing has been shut down by anti-fascists and we strongly believe that this response must continue. While the city government and Jewish institutions such as the CJA and CIJA have made statements condemning the JDL, we again and again see the JDL’s anti-Arab racism reflected in the actions and policies of these same organizations. Instead of relying on these institutions to speak for us, we must speak for ourselves. Instead of arguing with fascism, we must stamp it out!

WHAT IS THE JDL?
The JDL is a Jewish fascist organization founded in New York City in 1968 by Meir Kahane and his followers. JDL Canada was started by Meir Weinstein, a follower of Kahane who continues to lead the group from it’s central Toronto chapter. JDL Canada has created alliances with with other fascist organizations such as the English Defense League, the Austrian Freedom Party, and PEGIDA. The JDL is a violent direct action group that views Arab and Muslim people as their enemies and sees Palestinian solidarity activism as anti-Semitic.

IS THE WORLD SOCIAL FORUM ANTI-SEMITIC?
Included in the program for this year’s World Social Forum was an anti-Semitic workshop organized by a fringe group called the ‘Center of Religious Dialogue for Peaceful Coexistence.’ After communicating our concerns to WSF organizers, this workshop was cancelled. We are pained and frustrated that such a workshop was ever included in the program and believe that there is much still to be done in confronting the root of this problem. But while we are hurt, we will not allow this pain to be mobilized against our Palestinian comrades.

IS THE JDL CONFRONTING ANTI-SEMITISM AT THE WSF?
The Jewish Defense League had no plans to confront this anti-Semitic workshop. Their trip was planned to target Canadian Friends of Sabeel and Omar Barghouti. The JDL are singularly committed to confronting those in support of BDS and the broader movement for Palestinian liberation. Far from being anti-Semitic, this movement is crucial for our liberation as Jewish people as well.

IS THE WORLD SOCIAL FORUM PRO-BDS?
As such, we are further disappointed that the WSF has refused to endorse the movement for BDS against the state of Israel. Combined with the WSF’s decision to organize this year’s conference in a Global North country – excluding hundreds of international activists who were predictably denied visas – our feelings toward the conference are characterized by disappointment and frustration on many fronts.

Once again, we are calling for support for our comrades organizing workshops targeted by the JDL. We will be there to confront this fascist organization and hope you will join us!

See you in the streets!

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LE 10 AOÛT: BLOQUONS LA JDL

De la part de quelques ami.es à Montréal:
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AIDEZ-NOUS À BLOQUER LA JDL LE 10 AOÛT!
Cet appel est fait par un groupe de juif.ves de gauche vivant à Tiotia:ke (Montréal), territoire occupé Kanien’keháka:

Joignez-vous à nous pour bloquer le plan de mobilisation de la Jewish Defence League (JDL) à Montréal, les 10 et 11 août 2016! La JDL prévoit envoyer des supporteurs de Toronto à Montréal afin de perturber les événements en soutien à la libération de la Palestine au Forum Social Mondial. Ces événements sont organisés par Canadian Friends of Sabeel, Independent Jewish Voices, Israeli Committee Against Home Demolitions, et BDS Québec. La JDL prévoit se rencontrer le 10 août à 14h au Cégep du Vieux-Montréal (255 rue Ontario E) – nous prévoyons nous y rendre à 13h pour les saluer et les renvoyer.

[Il se peut que les plans de la JDL changent. Nous suggérons à tout le monde de consulter régulièrement cette page ainsi que ce compte Twitter pour tous changements de dernière minute.]

CONTEXTE
JDL Canada a passé la dernière année à tenter de créer des alliances avec d’autres groupes fascistes dans cette ville, mais n’a pas réussi à démarrer une branche de son organisation à Montréal. Leur mobilisation a été bloquée par des groupes antifascistes et nous croyons fermement que cette réponse doit continuer.  Alors que l’administration de la Ville de Montréal, ainsi que plusieurs organisations juives telles CJA et CIJA ont fait des déclarations condamnant la JDL, nous voyons encore et encore le racisme anti-arabe de la JDL se refléter dans les actions et les politiques de ces mêmes organisations. Plutôt que de faire confiance à ces instituions pour parler en notre nom, nous devons parler pour nous-mêmes. Plutôt que de s’obstiner avec le fascisme, il faut s’en débarrasser!

C’EST QUOI, LA JDL?
La Jewish Defence League est une organisation fasciste fondée à New York en 1968 par Meir Kahane et ses supporteurs. JDL Canada a été fondée par Meir Weinstein, un supporteur de Kahane, qui continue à mener le groupe depuis sa branche locale de Toronto. JDL Canada a créé des alliances avec d’autres groupes fascistes tels que English Defence League, l’Austrian Freedom Party et PEGIDA. La JDL est un groupe d’action directe violent qui considère les personnes arabes et musulmanes comme leur ennemi.es et voit le militantisme en solidarité avec la Palestine comme de l’anti-sémitisme.

EST-CE QUE LE FORUM SOCIAL MONDIAL EST ANTISÉMITE?
Il y avait dans le programme du Forum social mondial de cette année un atelier anti-sémite organisé par un groupe secondaire appelé le “Center of Religious Dialogue and Peaceful Coexistence” (Centre de dialogue religieux et de coexistence pacifique). Après avoir partagé nos préoccupations avec les organisateur.ices du FSM, cet atelier a été annulé. Nous sommes blessé.es et frustré.es qu’un atelier comme celui-là ait été inclus dans la programmation et croyons qu’il y a beaucoup à faire pour confronter la racine de ce problème. Nous sommes blessé.es, mais nous ne laisserons pas cette souffrance s’activer contre nos camarades palestien.nes.

EST-CE QUE LA JDL CONFRONTE L’ANTI-SÉMITISME AU FSM?
La JDL n’avait aucune intention de confronter cet atelier anti-sémite. Leur voyage était prévu afin de cibler Canadian Friends of Sabeel et Omar Barghouti. La JDL est particulièrement engagée à confronter les supporteurs de BDS et le mouvement plus large pour la libération palestinienne. ce mouvement n’est pas anti-sémite, mais plutôt crucial également pour la libération du peuple juif.

EST-CE QUE LE FORUM SOCIAL MONDIAL EST PRO-BDS?
En fait, nous sommes d’autant plus déçu.es que le FSM ait refusé d’endosser le mouvement de BDS contre l’État d’Israël. Ajoutons à cela la décision du FSm d’organiser la conférence de cette année dans un pays du Nord, excluant ainsi des centaines d’activistes qui se sont fait refuser leurs visas, nos sentiments par rapport à la conférence sont teintés de déception et de frustration à plusieurs égards. En plus clair: nous appelons à un soutien spécifique pour nos camarades qui organisent des ateliers ciblés par la JDL. Nous serons là pour confronter cette organisation fasciste et nous espérons que vous vous joindrez à nous.

On se voit dans la rue!

 

Source: https://treyfpodcast.wordpress.com/2016/08/08/shut-down-the-jdl-on-august-10th/

La propagande d’Israël (extrait) par Ilan Pappé

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« Par une nuit chaude de juillet 1994, des centaines de personnes s’étaient rassemblées dans une salle d’université à Tel-Aviv pour écouter un débat sur le savoir et le pouvoir en Israël…

Une telle affluence avait surpris les organisateurs qui avaient prévu un petit débat essentiellement intellectuel et qui avaient sciemment choisi de l’organiser au moment même d’une demi-finale de la Coupe du Monde qui se jouait aux États-Unis.

Ils espéraient que le public se serait limité aux quelques mordus susceptibles de renoncer à une soirée de football pour le plaisir d’un petit extra d’érudition. Néanmoins, les étudiants avaient afflué vers la salle trop exiguë et c’est ainsi que, dans les plus brefs délais, l’événement avait dû être transféré dans une salle plus vaste.

Selon un compte rendu, sept cents personnes avaient assisté au débat qui opposait deux historiens d’Israël, un « ancien » et un « nouveau », ainsi que deux sociologues, l’un « établi » et l’autre « révisionniste ». J’étais le nouvel historien.

Le débat en lui-même fut tout sauf le dialogue annoncé et se résuma à quatre conférences, ponctuées par nombre de manifestations bruyantes de mauvaise humeur. Mais, apparemment, le public se divertit autant que la plupart des supporters qui avaient encouragé les demi-finalistes à l’autre bout de la planète.

La question posée était significative : Les institutions académiques israéliennes étaient-elles un outil idéologique aux mains du sionisme ou un bastion de la liberté de pensée et d’expression ?

La grande majorité du public était présente parce qu’elle penchait vers la première conclusion et qu’elle doutait de l’indépendance des universitaires israéliens.

Si l’approbation peut être évaluée à l’aune des applaudissements, le public avait été largement favorable à mon collègue Shlomo Svirsky et à moi-même, représentants respectivement de la Nouvelle Histoire et de la nouvelle sociologie d’Israël, et bien moins impressionné par Anita Shapira et feu Moshe Lissak, de la vieille garde. La plupart, toutefois, n’auraient pas parcouru le kilomètre de plus qu’une telle prise de position requérait d’eux.

Mais certains l’ont fait et, comme moi, ont finalement quitté le pays en désespoir de cause, incapables de modifier le statu quo. Pourtant, cet événement a contribué à animer un moment historique important, lorsque les Israéliens se sont mis à douter de la validité morale du concept d’Israël et ont eu la possibilité, pendant un bref instant, de le remettre en question, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des tours d’ivoire des universités.

La remarque la plus mémorable de cette soirée était venue de Moshe Lissak, le doyen de la sociologie israélienne traditionnelle et lauréat du prestigieux prix Israël. De l’histoire d’Israël, il avait dit : « J’accepte qu’il y ait deux discours mais, du nôtre, il a été prouvé scientifiquement qu’il était le bon. »

Cette remarque et mes agréables souvenirs de l’événement et de l’époque dans son ensemble – unique dans l’histoire du pouvoir et de la connaissance – m’ont inspiré pour rédiger le présent ouvrage. C’est un livre sur Israël en tant que concept et il s’est développé à partir de cette tentative de courte durée et avortée de défier le pays de l’intérieur.

Chaque livre traitant d’Israël tente de disséquer une réalité complexe et ambiguë. Pourtant, bien qu’on choisisse de décrire, d’analyser et de présenter Israël, le résultat sera toujours à la fois subjectif et limité. Néanmoins, le caractère subjectif et relatif de toute représentation n’invalide pas le débat moral et éthique autour de cette représentation.

En fait, avec le recul permis au début du vingt et unième siècle, les dimensions morales et éthiques d’un tel débat n’importent pas moins que les problèmes de substance, de faits et de preuves. À l’instar du débat de Tel-Aviv, les versions de la réalité en Israël sont multiples et contradictoires et il est rare qu’elles partagent la moindre base consensuelle.

Il convient toutefois d’insister sur le fait qu’elles ne sont pas que diverses versions d’un débat intellectuel. Elles se rapportent directement aux questions de la vie et de la mort et, dès lors, toute tentative de mener ce genre de conversation de façon neutre, objective, purement scientifique est vouée à l’échec.

Pour un nombre sans cesse croissant de personnes, Israël, ou plutôt le concept d’Israël, symbolise l’oppression, la dépossession, la colonisation et l’épuration ethnique alors que, par ailleurs, un nombre sans cesse décroissant de personnes alignent les mêmes idées et événements dans une histoire de rédemption, d’héroïsme et de justice historique.

Le long du continuum entre les deux extrêmes, on retrouve d’innombrables gradations d’opinions fortement affirmées.

Dans le présent livre, je soutiens que ces versions qui s’opposent ne concernent pas Israël en tant que tel, mais plutôt le concept d’Israël.

Manifestement, Israël en soi n’est pas uniquement un concept. C’est avant toute chose un État – un organisme vivant qui existe depuis plus de soixante ans.

Nier son existence est impossible et irréaliste. Cependant, procéder à son évaluation éthique, morale et politique est non seulement possible, mais urgent, aujourd’hui, et comme jamais encore auparavant. »

 

Source: La propagande d’Israël d’Ilan Pappé, le nouveau livre publié par Investig’Action.

Aussi disponible en Ebook

– See more at: http://www.investigaction.net/la-propagande-disrael-extrait/#sthash.Lf0W3wFe.dpuf